#256 – Zara : Le nouveau visage de la mode éthique ?

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Le secteur de la seconde main a le vent en poupe ces dernières années. Les habitudes de consommation évoluent, tant influencées par la crise économique que par l’urgence écologique puisque la seconde main permet de donner une seconde vie à des biens de consommation déjà utilisés et possédés par des consommateurs. Aujourd’hui, le marché mondial de la seconde main pèse près de 105 milliards d’euros dont 33 milliards d’euros générés par le secteur de l’habillement (BPI France, 2023). En France, au deuxième trimestre 2023, Leboncoin et Vinted comptaient parmi les sites internet les plus visités (Médiamétrie, 2023). Ces données illustrent parfaitement l’essor que connaît le secteur de la seconde main.

Le marché de la seconde main permet aux consommateurs de lutter contre l’inflation croissante dûe à la crise économique et de réduire leur empreinte carbone. Ces nouveaux enjeux économiques et écologiques rendent le tournant inévitable pour les enseignes de prêt-à-porter. Selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance, les circuits courts sont plébiscités par plus de 43% des français mais paradoxalement, les marques d’ultra fast fashion se portent à merveille et enregistrent des chiffres record pour l’année en cours. Le secteur est fortement impacté par la baisse du pouvoir d’achat des ménages et doit faire face à une véritable hécatombe. La concurrence est féroce et les acteurs du secteur ne manquent pas d’inventivité pour accroître la compétitivité. La fermeture ou le placement en liquidation judiciaire de NAF NAF, Pimkie, Kookaï et bien d’autres illustrent parfaitement l’état de santé du secteur de l’habillement tricolore.

Néanmoins, quelques acteurs du secteur parviennent à tirer leur épingle du jeu dont le géant de la mode : Zara. En 2022, le groupe Inditex, propriétaire de Zara, enregistre les bénéfices nets les plus élevés de son histoire avec près de 4,13 milliards d’euros soit une hausse de 27% par rapport à l’année précédente (Le Monde, 2023). Depuis septembre 2023, Zara bouscule une nouvelle fois le secteur en lançant sa plateforme de seconde main dédiée aux vêtements de l’enseigne : Pre-Owned. Après de nombreux scandales éthiques et écologiques qui n’ont pas manqué de faire polémique, l’enseigne souhaite redorer son image de marque : décryptage de la nouvelle plateforme de seconde main lancée par Zara.

Grâce à une étude documentaire basée sur l’analyse d’articles, nous nous intéresserons à l’ascension fulgurante de Zara, du petit atelier de confection à l’enseigne internationale. Au cours de cette étude, nous allons répondre aux questions suivantes : Dans quelles mesures Zara, leader mondial de la fast-fashion, peut réinventer son modèle à l’aide de sa plateforme de seconde main ? Quels sont les défis auxquels Zara doit faire face pour répondre aux problématiques humaines, économiques et écologiques de notre société ? En quoi le lancement de la plateforme Pre-Owned répond aux enjeux RSE d’aujourd’hui ?

La naissance du géant de la mode : présentation de Zara et de son environnement

Derrière le style sans cesse renouvelé de Zara se cachent des secrets bien gardés : les ingrédients clés qui ont propulsé cette marque iconique au sommet de l’industrie de la mode. Avant d’identifier les facteurs clés de succès de Zara, nous allons présenter l’enseigne aux mille succès.

Fondée en 1975 par Amancio Ortega Gaona et Rosalia Mera en Espagne, Zara est une chaîne de magasins de prêt-à-porter. L’enseigne propose des vêtements et accessoires pour hommes, femmes et enfants à prix abordables. Installé à La Corogne en Galice, Amancio Ortega commence sans le savoir son ascension vertigineuse en devenant responsable de La Maja, le magasin le plus huppé de la ville. Amancio Ortega va s’inspirer de la pièce la plus vendue du magasin : la robe de chambre. A l’époque, les robes de chambre sont un incontournable de la garde robe des bourgeoises espagnoles mais l’ambition du futur créateur de Zara est de vendre une version similaire à prix cassé pour rendre la mode accessible. Le concept de Zara est né : s’inspirer des pièces de créateurs pour reproduire une version similaire à moindre coût.

Légende : Robe de chambre commercialisée par La Maja qui sera copiée par Amancio Ortega Source : Documentaire société, Zara : Infiltrés chez la marque numéro un du prêt à porter

Amancio Ortega débute alors en 1963 avec un simple atelier de confection de pyjamas et de robes de chambre et en 1975, le premier magasin Zara voit le jour. Aujourd’hui, Zara est un véritable empire et est détenu par le groupe Inditex. Créé en 1985, Inditex est un groupe espagnol spécialisé dans la distribution de textile. Le groupe possède Zara, Zara Home, Bershka, Pull & Bear, Massimo Dutti, Stradivarius et Oysho. Selon le Wall Street Journal, c’est le distributeur mondial le plus important dans le secteur de l’habillement. En 2023, l’enseigne compte plus de 2000 magasins répartis dans près de 90 pays. L’internationalisation de Zara débute en 1988 avec l’ouverture d’un magasin à Porto puis d’un second à New York en 1989 tandis que la France accueille la première boutique en 1990.

Zara s’est développé grâce à un système de distribution en réseau intégré et d’un canal de distribution direct. Le réseau de distribution intégré est constitué de points de vente appartenant en propre à une enseigne de distribution. Dans le cas d’une distribution intégrée, les succursales n’ont pas d’indépendance juridique, les fonctions d’achat sont généralement centralisées et la direction des succursales est assurée par des directeurs de magasins salariés de l’enseigne. Ce système permet de garder un contrôle total sur la stratégie de distribution des produits de l’enseigne puisque chaque directeur de magasins dépend de la société mère. En revanche, l’enseigne doit faire preuve d’une solidité financière redoutable pour faire face aux investissements colossaux engendrés par ce système de distribution. Grâce à la matrice SWOT, nous allons analyser l’environnement de Zara afin d’identifier les forces, faiblesses, opportunités et menaces de l’enseigne.

La success story de Zara : identification des facteurs clés de succès

Les facteurs clés de succès de Zara sont nombreux et grâce à ceux-ci, l’enseigne a survécu à l’hécatombe subie par les différentes enseignes ces derniers temps (Camaïeu, NAF NAF etc.). Concernant la stratégie d’implantation de Zara, les magasins mesurent en moyenne 300 m2 et sont localisés en plein centre-ville ou dans des centres commerciaux. Zara utilise ses vitrines comme moyen de communication, elles sont préalablement définies par l’enseigne au millimètre près puis déployées dans les quelques 2 000 magasins. Les vitrines jouent un rôle si crucial dans l’image de marque qu’en 2018, Zara a lancé une nouvelle expérience d’achat intitulée Zara AR. Cette innovation digitale consiste à intégrer dans les vitrines des mannequins en réalité augmentée pour faciliter la projection d’achat. Concernant la stratégie de distribution, l’enseigne opte pour une stratégie omnicanale, les clients peuvent profiter à la fois d’une expérience physique dans l’un des nombreux magasins Zara puis de l’application mobile ou encore du site internet. Les consommateurs ont la possibilité de réaliser des achats en click-and-collect ou encore de retourner un article acheté en ligne directement en magasin. Zara facilite les achats avec quelques innovations digitales récentes : click-and-go (consultation en temps réel des articles en stock dans une boutique Zara), click-and-find (géolocalisation du vêtement dans la boutique) ou encore click-and-try (réservation à distance d’une cabine d’essayage). L’ensemble de ses innovations facilitent le parcours d’achat des consommateurs et renforcent l’omnicanalité de l’enseigne. C’est en ce sens que Zara conserve des avantages concurrentiels forts.

La grande force de Zara réside dans son modèle d’intégration verticale unique : la fast-fashion. Dans un secteur où la délocalisation est presque devenue une norme, Zara casse les codes en contrôlant la quasi-totalité de sa chaîne d’approvisionnement. Zara possède une dizaine d’usines en propre à proximité de son siège, le reste est opéré en sous-traitance. De la conception à la distribution des produits, Zara intervient à chaque étape afin de réagir en un claquement de doigt aux nouvelles tendances qui se profilent chaque semaine. L’enseigne est capable de produire une nouvelle collection toutes les deux semaines en concevant des articles de mode en interne grâce à une armée de stylistes qui s’inspirent des pièces des plus grands créateurs pour les reproduire à moindre coût.

Légende : A gauche, chemise de la marque G.Kero, à droite, chemise commercialisée par Zara Source : Documentaire société, Zara : Infiltrés chez la marque numéro un du prêt à porter

L’enseigne fait face à une problématique, elle n’est plus la seule à avoir cette stratégie, Shein copie les articles de Zara en un temps record à prix cassés.

L’avantage d’un réseau de distribution intégrée pour Zara réside dans le fait que les directeurs de magasins de l’enseigne remontent chaque jour les informations collectées par le personnel de vente pour ajuster les articles en fonction des tendances et des attentes des clients. Les magasins de l’enseigne passent commande deux fois par semaine pour obtenir un réassort auprès des centrales de distribution et sont livrés en moins de 24 heures en Europe et en moins de 36 heures dans le reste du monde. Ces délais de livraison sont possibles car près de 49% de la confection des articles de mode est réalisée soit en Espagne, au Portugal ou au Maroc.

Avant-gardiste, dès les années 1980 l’enseigne effectue des investissements informatiques et logistiques pour optimiser la gestion de ses stocks. Aujourd’hui, des solutions innovantes comme les étiquettes intelligentes RFID sont utilisées chez Zara pour assurer la traçabilité des produits vendus. La traçabilité devient un incontournable pour répondre aux nouveaux enjeux RSE de notre société. L’enseigne a fréquemment été au cœur de polémiques liées à des sujets environnementaux et pointée du doigt pour sa production massive de vêtements entraînant une surconsommation. La principale problématique de Zara est de redorer son image de marque sur le plan environnemental et sociétal tout en conservant ses avantages concurrentiels. Entre exploitation des Ouïghours et matières premières synthétiques dangereuses, Zara a essuyé de nombreux scandales qui n’ont pas manqué d’ébranler quelque temps l’image de marque de l’enseigne.

Un virage éthique : les choix stratégiques de l’enseigne espagnole

En réaction à ses nombreux scandales, Zara a récemment pris des mesures concrètes portées par le groupe Inditex pour réduire son empreinte carbone et améliorer les conditions de travail de ses employés. Le géant de la mode espagnole a annoncé à travers son programme Join Life vouloir réduire de 25% la consommation d’eau au cours de la chaîne d’approvisionnement d’ici 2025 ou encore réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 50% d’ici 2030 pour atteindre une neutralité climatique en 2040, vaste programme. Entre greenwashing ou convictions sincères, difficile d’arbitrer mais une chose est sûre, Zara semble déterminé à redorer son image de marque.

En 2022, l’enseigne lance une plateforme de seconde main au Royaume-Uni : Pre-Owned. Avant Zara, quelques enseignes avaient déjà commencé à conquérir le marché de la seconde main : Pimkie, Kiabi, Sandro et encore bien d’autres, signe que le secteur est extrêmement porteur. La plateforme Pre-Owned, accessible directement depuis le site internet et l’application mobile permet aux clients de réparer, vendre, donner ou acheter des articles de mode Zara.

Légende : Capture d’écran de la plateforme Pre-Owned Source : Plateforme Pre-Owned, Zara

Chaque service proposé est disponible soit en ligne soit en magasin hormis l’achat et la vente. Les dons peuvent provenir de marques concurrentes et deux options s’offrent aux consommateurs pour donner leurs vêtements : dépôt des vêtements dans un conteneur de collecte disponible dans les magasins Zara ou demande de collecte à domicile par un coursier pour 1,95 euros. Ensuite, les vêtements sont triés en fonction de leur état puis donnés à des associations comme La Croix Rouge. En revanche, la réparation, la vente et l’achat sont réservés aux articles de l’enseigne exclusivement. Pour le service de réparation, Zara possède un réseau d’ateliers pour donner une seconde vie aux vêtements des consommateurs. Les clients peuvent soit apporter leurs vêtements dans un magasin de l’enseigne soit les envoyer directement à l’atelier pour qu’ils soient réparés. Concernant l’achat et la vente des vêtements, c’est un service de clients à clients disponible uniquement en ligne pour le moment. Des frais de transaction s’appliquent pour l’acheteur à hauteur de 1 euros plus 5% du prix de chaque article.

Selon le programme Join Life de Zara, l’objectif est d’être opérationnel sur tous les marchés stratégiques en 2025. Depuis septembre 2023, la plateforme est disponible en France et est déployée dans 14 pays depuis décembre 2023 : Espagne, Allemagne, Autriche, Belgique, Croatie, Slovaquie, Slovénie, Finlande, Grèce, Irlande, Italie mais aussi au Luxembourg, Portugal et aux Pays-Bas (FashionUnited, 2023).

Cette nouvelle plateforme complète la stratégie de distribution omnicanale de Zara tout en répondant aux enjeux environnementaux. Concrètement, la plateforme permet de donner une seconde vie aux vêtements de la marque et de réduire la consommation d’articles de mode devenue démesurée à cause de la fast-fashion. Néanmoins, là n’est pas le seul objectif de Zara. Si la réduction de l’empreinte carbone de l’enseigne en est un, l’objectif économique pèse lui aussi très lourd dans la balance. Comme vu précédemment, le marché mondial de la seconde main s’élève à 105 milliards d’euros dont 33 milliards d’euros générés par le secteur de l’habillement et Leboncoin et Vinted comptaient parmi les sites internet les plus visités. Ce n’est pas un hasard si Zara lance sa plateforme de seconde main, l’objectif est surtout de capter une clientèle détenue jusqu’à présent par Vinted puisque une grande majorité des articles de seconde main de Zara sont vendus sur la plateforme lituanienne.

La confrontation littéraire

La perception de la seconde main par les consommateurs est une notion primordiale à prendre en compte pour mieux comprendre la stratégie de Zara derrière le lancement de la plateforme Pre-Owned. Nous allons étudier l’ouvrage d’Élodie Juge, Tiphaine Chautard Dardé, Isabelle Collin-Lachaud, Guillaume Do Vale paru en 2022 intitulé : “Rêvolutions du commerce dans une société en transition” et plus particulièrement le chapitre 2 “Une exploration des pratiques des distributeurs pour se légitimer sur le marché de la seconde vie”. L’ouvrage met en lumière la prise d’assaut du marché de la seconde main en France par les distributeurs. Cet ouvrage est particulièrement intéressant à analyser pour nous aider à mieux comprendre la stratégie de Zara, les comportements d’achats des consommateurs et les nouveaux enjeux environnementaux. Cette analyse nous permettra par la suite de soumettre des recommandations cohérentes à l’enseigne. Entre storytelling, discours écologiques et pratiques commerciales innovantes, les enseignes de distribution traditionnelles ne manquent pas d’inventivité pour intégrer le marché porteur de la seconde main à leur modèle économique. Selon les auteurs, le marché de la seconde main en France a engrangé un chiffre d’affaires de 7,4 milliards d’euros en 2020 dont plus de la moitié en provenance du web (Juge & all., 2022). Cette donnée est intéressante puisque les achats sur internet représentent une grande partie des ventes de seconde main et cela peut être mise en relation avec la problématique de Zara : l’enseigne est dépendante de ses magasins physiques. Ainsi, le lancement de la plateforme Pre-Owned en ligne, permettra certainement d’encourager les consommateurs à effectuer leurs achats en ligne que ce soit pour se procurer les vêtements neufs vendus par l’enseigne ou pour les vêtements de seconde main.

L’ouvrage aborde une notion intéressante théorisée par Collin-Lachaud et Volle en 2019 : la théorie des pratiques. Dans le cadre de notre analyse, cette théorie consistera à mieux comprendre le comportement des enseignes de distribution dans la conception de l’hybridation de leur offre de produits de seconde main et leur offre historique de produits neufs. Nous allons étudier les trois piliers sur lesquels reposent les pratiques marketing des distributeurs pour intégrer les offres de seconde main. Dans un premier temps, le pilier normatif permet aux distributeurs de normaliser l’achat d’articles de seconde main en “diffusant des injonctions à consommer de façon durable tout en gagnant de l’argent” (Juge & all., 2022). Le deuxième pilier est réglementaire, c’est la manière avec laquelle les distributeurs s’approprient la législation environnementale en vigueur. Enfin, le pilier cognitif consiste à faire prendre conscience aux consommateurs que l’achat de la seconde main est, tout comme le neuf, indispensable.

Le pilier normatif est largement utilisé par Zara à l’occasion du lancement de Pre-Owned, sur le site internet de l’enseigne à travers des messages diffusés aux consommateurs : “Nous avons créé la plateforme Pre-Owned qui vous permet de prolonger la durée de vie de vos vêtements” ou encore “évoluer vers un modèle plus circulaire”. Cet exemple met en lumière la volonté de Zara de positionner sa plateforme de seconde main comme un acte d’engagement envers l’économie circulaire et l’écoresponsabilité. Les enjeux environnementaux sont systématiquement mis en avant par les distributeurs lorsqu’ils lancent de nouveaux produits de distribution de seconde main. Les enseignes de distribution ont réussi à simplifier et rendre l’expérience d’achat de vêtements de seconde main attrayante. Pour renforcer le pilier normatif, les enseignes de distribution allient l’argument écologique que nous venons de voir à l’argument économique. Cet argument économique encourage les clients à consommer toujours autant d’articles de prêt-à-porter à des prix avantageux. Par exemple, les auteurs de l’ouvrage mettent en lumière la stratégie de Cyrillus. Cyrillus propose un “système de bonification” si les vendeurs achètent des produits au sein de l’enseigne plutôt que de récupérer le montant de leur vente (Juge & all., 2022). Cette technique permet d’inciter les consommateurs à dépenser sur le site internet de l’enseigne pour acheter à la fois des vêtements neufs ou d’occasion.

Le pilier réglementaire est également utilisé par les distributeurs pour rendre leur initiative crédible et légitime auprès des consommateurs. Selon les auteurs, ce pilier repose sur “le respect des règles édictées par l’Etat et les organismes de régulation comme la loi AGEC” (Juge & all., 2022). La loi AGEC (Anti-Gaspillage et Économie Circulaire) a été adoptée en 2020 et elle impose de nombreuses conformités notamment aux distributeurs. “Cette loi impose des objectifs stratégiques de gestion et de prévention de la production de déchets, des informations plus nombreuses du consommateur, de favoriser le réemploi et la réutilisation ainsi que l’économie de la fonctionnalité et servicielle dans le cadre de la lutte contre le gaspillage, une responsabilité accrue des producteurs, et enfin une lutte contre les dépôts sauvages.”(Juge & all., 2022). A travers le programme Join Life, lancé par Zara, l’enseigne tente de se conformer à ses réglementations en modifiant sa stratégie de distribution, d’approvisionnement et de confection : “Nous travaillons sur les différentes étapes de notre chaîne de valeur avec une approche holistique, de la façon dont nous concevons nos produits, choisissons les matériaux ou fabriquons les vêtements, ainsi que la logistique ou le design et la gestion de nos entrepôts et magasins tout en contribuant à prolonger la durée de vie des vêtements grâce à des programmes de réparation, de revente et de don de vêtements usagés” (Site internet de Zara). En réalité, les mesures prises par Zara sont surtout un moyen de modifier la perception des consommateurs vis-à-vis de l’image de marque de l’enseigne.

Le pilier cognitif est utilisé par les distributeurs notamment à travers du storytelling. L’ouvrage “Rêvolutions du commerce dans une société en transition”, met en lumière le storytelling idéologique, hédonique, émotionnel et affectif. Nous pouvons constater que le storytelling idéologique est le seul à être utilisé par Zara. Ce type de storytelling consiste selon les auteurs à “s’appuyer sur la conscience relative aux enjeux environnementaux et la volonté de participer à l’effort collectif”. A travers le message publié sur la page de la plateforme de seconde main de Zara “les vêtements les plus durables sont ceux que vous possédez déjà”, l’enseigne accroît la responsabilité et l’engagement du consommateur dans son acte d’achat ou de vente.

Recommandations

Dans un secteur de la mode extrêmement pollué, la création de la plateforme de seconde main Pre-Owned de Zara permet de proposer une alternative plus responsable à la consommation de vêtements. Les nombreux scandales qui ont frappé l’enseigne de prêt-à-porter l’ont encouragé à apporter des actions concrètes pour améliorer son image de marque et, dans le même temps, diminuer son impact environnemental. Grâce à la confrontation littéraire, nous allons pouvoir s’inspirer des réussites des distributeurs dans la conception de l’hybridation de leur offre de produits de seconde main et leur offre historique de produits neufs.

Zara ne possède aucun programme de fidélité et les offres promotionnelles sont assez rares chez l’enseigne espagnole. Dans le cadre du lancement de Pre-Owned, Zara pourrait instaurer un portefeuille client réservé aux vendeurs de la plateforme au même format que Cyrillus. Ainsi, les vendeurs recevraient le montant de leurs ventes sous forme de bon d’achat à utiliser sur le site internet de Zara. Cette stratégie permettrait d’accroître la fréquentation du site internet et de faire émerger une nouvelle stratégie de distribution.

Afin de renforcer l’omnicanalité de Zara, nous pouvons aisément imaginer que la prochaine étape serait de créer des corners dans les magasins dédiés à la seconde main. La distribution de vêtements de seconde main dans les enseignes connues de prêt-à-porter est une nouveauté adoptée par de plus en plus d’enseignes. Plusieurs enseignes de prêt-à-porter ont sauté le pas comme Jules, Bocage, Kiabi, Eram, Gémo ou encore Pimkie. Par exemple, Kiabi indique avoir plus de 400 000 membres sur sa plateforme de seconde main, 2 millions de pièces en ligne et près de 500 000 clients ont acheté de la seconde main dans les magasins de l’enseigne.

Nous pouvons également imaginer que la plateforme Pre-Owned pourrait proposer des vêtements recyclés. En effet, dans le cadre du lancement de sa plateforme, Zara propose aux consommateurs d’effectuer un don de leurs vêtements à des associations. Zara pourrait utiliser les vêtements donnés en mauvais état pour les recycler et en faire de nouveaux vêtements neufs. Le géant espagnol pourrait ainsi créer un label sous lequel les vêtements recyclés seraient commercialisés. En revanche, cette nouvelle gamme de vêtements engendrerait des coûts logistiques importants car les vêtements devront préalablement être triés en fonction de leur état avant d’être soit donnés soit recyclés.

Conclusion

Zara est, grâce à la force du groupe Inditex, le leader mondial de la fast-fashion dans le secteur de l’habillement. Zara a su résister à travers les années aux nombreuses difficultés économiques rencontrées par les acteurs de l’industrie de la mode. Le pouvoir d’achat en baisse des français n’a en rien entaché le succès de Zara, bien au contraire. Grâce à la sortie fréquente de nouvelles collections à prix cassés inspirées de grands créateurs, Zara suscite l’intérêt des consommateurs. La seule ombre au tableau : l’impact environnemental catastrophique de l’enseigne. Les récentes mesures prises par Zara et le lancement de la plateforme de seconde main Pre-Owned devraient redorer l’image de marque de l’enseigne et améliorer la perception des consommateurs.

Nina Pénichou

https://www.linkedin.com/in/nina-p%C3%A9nichou/

Sources

Juge, É., Chautard Dardé, T., Collin-Lachaud, I. & Do Vale, G. (2022). Chapitre 2. Une exploration des pratiques des distributeurs pour se légitimer sur le marché de la seconde vie. Dans : Isabelle Collin-Lachaud éd., Rêvolutions du commerce dans une société en transition (pp. 44-61). https://doi-org.docelec.u-bordeaux.fr/10.3917/ems.colli.2022.01.0043

Moreira, E. (2023, 12 décembre). Six chiffres révélateurs de la folie de la seconde main. Les Echos.https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/six-chiffres-revelateurs-de -la-folie-de-la-seconde-main-2039326

Zara : la marque se lance dans la seconde main avec “Pre-owned”.Actu. (2023, 11 septembre).Actu.fr.https://actu.fr/economie/zara-la-marque-se-lance-dans-la-seconde-main-a vec-pre-owned-comment-ca-marche_60058591.html

Rédaction, L. (2018, 17 décembre). Zara : Comment Amancio Ortega Gaona est devenu le roi du monde. Entreprendre. https://www.entreprendre.fr/fondateur-de-zara/

Zara : les alternatives en franchise dans le prêt à porter. (s. d.). https://cutt.ly/hwFV4G3y

Guyot, O. (s. d.). Après une progression des ventes en 2022, le marché de l’habillement pourrait se contracter cette année. FashionNetwork.com. https://fr.fashionnetwork.com/news/Apres-une-progression-des-ventes-en-2022-le-marche-de- l-habillement-pourrait-se-contracter-cette-annee,1487495.html

5 chiffres à connaître sur le marché de la seconde main. (s. d.).

https://bigmedia.bpifrance.fr/infographies/5-chiffres-a-connaitre-sur-le-marche-de-la-second e-main

Documentaire Société. (2022, 5 février). Zara : infiltrés chez la marque numéro un du prêt à porter [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=HjBcMHmWnwU

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